L’innovation numérique, en construction routière aussi?! Séance d’information du 6 septembre 2017 lors de Matexpo

La numérisation est un concept vaste qui évoque de nombreuses choses et qui, en construction routière aussi, connaît de multiples applications – des PC, laptops et autres tablettes qui nous sont entre-temps devenus familiers aux panneaux à messages variables, informations de stationnement, comptages et analyses du trafic en passant par une gamme toujours plus vaste et pointue d’outils pour la conception (p.ex. de pavages drainants et enrobés bitumineux (PradoWin)), la production, l’exécution (p.ex. des compacteurs intelligents pour un compactage optimal des enrobés, OSIRIS pour la coordination des travaux routiers en Région de Bruxelles-Capitale), l’inspection (p.ex. inspection des égouts avec une caméra autonome et la Codification belge pour l’échange de données BEFDSS, l’analyseur de profil en long (APL), le profilomètre pour pistes cyclables (FPP), le curviamètre, l’odoliographe, le déflectomètre à masse tombante (FWD), le géoradar, imajbox® pour mobile mapping), la gestion et l’entretien du patrimoine routier en surface et souterrain (p.ex. ViaBEL pour la gestion des routes, Qualidim pour le calcul de la durée de vie résiduelle d’une route) et l’administration (p.ex. ERP, cahiers des charges types régionaux numériques, ­e-procurement).

L’innovation numérique est toutefois en constante progression, avec des développements plus récents tels que la technologie des capteurs, les drones, l’impression en 3D, la réalité virtuelle ou augmentée (Virtual & Augmented Reality – VR & AR), open & big data, l’Internet des objets (Internet of Things – IoT) et le Building Information Model – BIM.

Des questions viennent alors à l’esprit comme Où en sont ces technologies? Quelles sont les possibilités d’application et leur utilité en construction (routière)? Comment, quand et par qui seront-elles le mieux utilisées? Quelle est l’influence de la numérisation pour le secteur et ses acteurs (prix de revient du déploiement, compétences exigées des travailleurs, position concurrentielle, etc.)? Comment s’y préparer au mieux? Quelles sont les notions et visions concrètes des acteurs concernant la (r)évolution numérique?

Pour répondre à ces questions, la Confédération Construction et ses fédérations en construction routière VLAWEBO et la FWEV ont organisé, en collaboration avec le CRR, le 6 septembre 2017 pendant la 37e édition du salon professionnel international MATEXPO à Courtrai une séance d’information INFRA 4.0: Mythe ou réalité?

Au nom du CRR, Alain Leuridan a esquissé l’état des lieux et les perspectives d’avenir sur le plan numérique en construction routière.

Comme mentionné plus haut, à l’heure actuelle, les outils digitaux sont, en construction routière aussi, omniprésents et les projets sont depuis longtemps développés en 3D. En ce qui concerne l’introduction du BIM, la Belgique accuse toutefois un certain retard par rapport à différents pays voisins qui appliquent déjà cet outil depuis plusieurs années dans le cadre des marchés publics de projets d’infrastructure. Trois facteurs jouent probablement un rôle: à cause du terme «construction», le BIM a principalement été associé aux bâtiments, le logiciel a surtout été proposé pour les bâtiments et le secteur a une préférence «historique» pour les plans classiques.

Depuis peu, certains éditeurs offrent des collections de logiciels informatiques pour des projets d’infrastructure, qui permettent l’échange d’un maximum de données à chaque phase de construction d’une route, d’un pont, du réseau routier ou d’assainissement et grâce auxquels des procédés BIM peuvent être appliqués. Ces logiciels permettent de créer un modèle 3D de la situation existante, de tester différents scénarios dans la phase de conception d’un projet jusqu’à la version «As Built» et de visualiser les projets. De cette façon, on obtient une image du chantier avant même que les travaux ne commencent et les erreurs de conception peuvent être détectées à temps et rectifiées. De plus, on peut y ajouter une dimension temporelle et financière (images 4D et 5D), afin d’optimiser le planning et le financement. Au moyen de simulations de trafic, du bruit de la circulation et de collisions, il est possible d’évaluer avant la construction les nuisances sonores et les zones dangereuses et de prendre les mesures préventives qui s’imposent.

Pour les bâtiments, il existe déjà un format standard d’échange d’informations (Industry Foundation Classes – IFC). Récemment, la Conférence Européenne des Directeurs des Routes (CEDR) a mis sur pied un projet visant à définir  les éléments d’une IFC pour des travaux d’infrastructure au niveau européen. Il constituera la base d’un système BIM pour l’infrastructure en Europe, et a fortiori en Belgique. Dès qu’il sera mis en place, des modèles 3D numériques d’infrastructure pourront être encore mieux structurés. Pour l’instant, on travaille avec les formats exclusifs qui sont la propriété des éditeurs de logiciels.

La Wallonie veut expérimenter les principes BIM dans le cadre de trois projets. Elle veut éviter d’imposer des normes qui ne soient pas maîtrisées ou qui ne correspondent pas à la réalité du secteur.

Les drones offrent une multitude de possibilités d’application en construction routière – depuis les enregistrements vidéo et la reproduction en temps réel d’un chantier à l’optimisation d’aspects tels que la gestion des stocks et des accès en passant par la création d’un modèle du chantier à chaque stade du processus. Les drones peuvent aussi être utilisés en cartographie, pour déterminer la topographie de sites de construction et la création de modèles 3D. Leur précision est beaucoup plus pointue que celle d’une équipe sur la terre ferme. Les inconvénients qu’ils présentent sont les limites d’ordre légal, ainsi que l’infrastructure ICT adaptée et les compétences requises pour traiter les données collectées. Le CRR suit depuis plus d’un an déjà l’avancement sur le plan légal et technologique pour l’application de drones en construction routière, en participant à des conférences, ateliers et démonstrations. De plus, deux projets pilotes d’utilisation de drones sont en cours, respectivement pour l’observation du trafic et la modélisation 3D pour le contrôle de la géométrie des dispositifs de ralentissement du ­trafic.

Dans le cadre du projet ROAD_IT (voir le Bulletin CRR 106), le CRR met son expertise au service des processus de production et de traitement des enrobés. Le projet a pour but de développer et de faire la démonstration d’un système intégré de suivi de données et de gestion de processus, en vue d’augmenter l’efficacité de la production et du traitement des enrobés, et par extension aussi de l’entretien des routes. Le système sera accessible et implémentable pour tous les acteurs, de sorte que l’informatique opérationnelle existante puisse communiquer et archiver de façon pratique. Le CRR offrira aussi son support pour le parcours de démonstration sur les chantiers pilotes, pour la sélection des données pertinentes pour la suite de l’étude et pour l’analyse des données IR. Enfin, le CRR apportera son aide pour informer le secteur des résultats du projet.

Dans un film vidéo de courte durée, Tom Roelants, administrateur général de l’Agentschap Wegen en Verkeer (AWV) et Etienne Willame, directeur général de la Direction générale opérationnelle Routes et Bâtiments (DGO1) du Service public de Wallonie (SPW) ont expliqué ce que signifiait la numérisation pour les pouvoirs adjudicateurs et où ils en étaient à ce niveau.

Luc Van Dijck, coordinateur e-procurement au MOW, et Pierre Van den Eynde, Director Digital Solutions Implementation Europe South chez ARCADIS, ont poursuivi sur cette lancée et décrit respectivement le guichet virtuel pour les marchés publics et l’application BIM pour les ouvrages d’infrastructure.

Le guichet virtuel a pour but de faire passer l’échange de données entre le pouvoir adjudicateur et l’adjudicataire de manière tout à fait numérisée, ce qui doit aboutir à plus de sécurité, d’exhaustivité et de certitude de réception, et signifier un gain de temps, d’efficacité et d’économie.

Le BIM réduit les frais d’échec et crée des opportunités à toutes les phases du processus de construction. Dans un avenir proche, les systèmes ICT seront d’une importance cruciale pour le suivi des projets de construction routière. Tous les acteurs pourront alors tirer profit de ce modèle.

Mark Vanlook, président de l’EUKA, et Johan Bolhuis, manager de projet intégral chez BAM Infrasolutions, ont partagé leur expérience pratique respective avec les drones dans la construction et le premier pont cycliste en béton précontraint imprimé en 3D.

Après les visions d’avenir des pouvoirs adjudicateurs et entrepreneurs, Robert de Mûelenaere, administrateur délégué de la Confédération Construction, a tiré quelques conclusions et a ébauché un plan d’action pour «la transition numérique dans la construction».

La (r)évolution numérique est en marche, mais le chemin vers une construction (routière) totalement numérique est encore long. Les préjugés, l’incertitude qui survient lors de chaque (r)évolution radicale et les obstacles juridiques doivent être pris à bras-le-corps, et les opportunités et avantages doivent être mis à profit, afin que le secteur reste technologiquement à la pointe, puisse offrir une qualité et une durabilité optimales et conserver, voire renforcer, sa position concurrentielle.

Les centres De Groote tels que le CRR et le CSTC (Centre Scientifique et Technique de la Construction) ont un rôle central et crucial à jouer dans la transition numérique. Ils disposent en effet de la connaissance, de l’expérience et des moyens pour participer à la recherche collective, pour collecter les informations, les analyser et les transmettre, et pour accompagner et soutenir leurs membres (en particulier les PME). En outre, ils offrent un forum, où il est possible de se concerter avec tous les acteurs et à tous les niveaux à propos d’un plan stratégique. Ils peuvent également intervenir en tant que représentant impartial et neutre, pour arriver à un équilibre entre les besoins et les demandes de leurs membres, les attentes des autres acteurs et l’offre des fournisseurs.

Nous vous tiendrons informés de nos activités et des développements les plus récents par le biais du Bulletin CRR, de notre site web et d’autres publications.